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title: Sad Walk — Thème et variations
author: Thomas Guillemin
date: Novembre 2021
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1 semaine, 7 interprétations d’un titre. 
Alors évidemment, débat : est-ce que celui de la semaine est un standard ? Pour moi, oui. Pour celui qui l’a joué toute sa vie, aussi. Mais comme il a été le seul… en même temps, on parle de Chet Baker.
(je préviens, ça va être long)

![Bob Zieff (c’est sa trombine), le compositeur de *Sad Walk*](images/BobZieff.jpg)

Un pianiste et compositeur qui doit sa reconnaissance à l’obstination de Chet à jouer ses morceaux, dont *Sad walk*. Né en 1927, Zieff rencontre un jour à Boston un jeune pianiste, Richard « Dick » Twardzick, né en 1931...

Twardzick, qui a notamment joué avec Parker et Mariano (pas Luis, bande de petits malins, Charlie aussi). Ils deviennent potes. Quelques temps plus tard, Dick part en tournée en Europe avec… Chet Baker, les compos de Bob dans son porte-partitions (quoi, les Ricains ils doivent bien aussi avoir des portes-partitions à l’époque, sinon c’est le bordel dans la valise !). Parmi ces compos, donc, *Sad walk*. Le titre annonce la couleur : grise ; l’ambiance : pluvieuse ; l’espoir : en berne, au fond du pavillon de la trompette.

Un morceau sans doute écrit en novembre.
Preuve qu'il n'est pas connu : la grille ne se trouve pas en ligne en accès libre (j'essaie de la saisir dans la semaine).
Elle commence par un 2/5/1 mineur, donc par un accord de mineur 7 quinte bémolée, autant dire que c’est plombant.

La structure du morceau est classique, AABA. Le B est un peu moins sombre avec ses quatre mesures de EbM7, mais le dernier A rappelle néanmoins que la vie est moche, qu’on se traîne des trucs pas possibles, mais que si on les met en musique, ça va déjà mieux.
a

# Chet Baker Quartet, 1955

[Chet Baker Quartet, Sad Walk, 1955](https://youtu.be/fHW_WqXatMk)

La première version gravée par Chet date de 1955, avec son quartet qui compte alors Twardzick au piano, pendant leur tournée européenne. À cette occasion, ils font une session d’enregistrements à Paris, au Pathé-Magellan Studio, les 11 et 14 octobre.

Le 21 du même mois, après un dernier concert en Hollande, Dick est retrouvé mort dans sa chambre d’hôtel, une seringue d’héroïne dans le bras. Jusqu’au bout, ce titre est symbolique.

![Dick et Chet (qui tient une contrebasse)](images/DickChet.jpg)

Sur cette version, Jimmy Bond (mort en 2012) est à la contrebasse. Sur le thème, il joue une partie de son accompagnement à l’archet. Côté sombritude, on était déjà bien, mais là c’est le summum. Et ça rend cette première version unique (enfin, presque, j'y reviendrai).

Il faut quand même noter que le quartet a même pas 23 ans de moyenne d’âge quand il enregistre ce titre : Dick Twardzik 24, Jimmy Bond 22, Peter Littman (le batteur) 20 et Baker 25.

![Chet Baker Quartet, 1955](https://img.discogs.com/yeURFgMIlNJyjEexQ3hR_TEOVro=/fit-in/300x300/filters:strip_icc():format(jpeg):mode_rgb():quality(40)/discogs-images/R-7001747-1431412888-4147.jpeg.jpg)

Pour découvrir Twardzik : 
[JazzRemembered](https://sandybrownjazz.co.uk/JazzRemembered/DickTwardzik.html)
et [Jazzprofiles](https://jazzprofiles.blogspot.com/2014/12/richard-twardzik-jack-chambers.html)

À demain pour la suite !

# Chet Baker sextet, 1977

1977, en sextet : Bruce Thomas (piano), Jacques Pelzer (flute) Gianni Basso (tenor), Lucio Terzano (bass), Giancarlo Pillot (dms). Je ne connaissais pas cette version avant de faire le fil, une des plus lentes de celles enregistrées par Baker.

[*Sad Walk*, Chet Baker Sextet, 1977](https://youtu.be/8J0qxW9uq1g)

La prise de son de la batterie n’est pas top, le charley ressemble à une aiguille de trotteuse. Bruce Thomas a des accents svenssonesques surprenants au fil de son chorus. Pelzer est un vieux de la vieille team belge qui joue avec Chet au tournant 50-60 (Jaspar, Thomas and co).

Pour l'anecdote, toute sa vie, Pelzer a mené de front sa carrière de musicien avec son activité de pharmacien.
@ demain pour la suite de la promenade.

![Chet Baker Sextet, *The Incredible Chet Baker*, 1977](https://img.discogs.com/NyD3yu_Ai9TlCispo3wSpH-kP1A=/fit-in/300x300/filters:strip_icc():format(jpeg):mode_rgb():quality(40)/discogs-images/R-5263450-1470319694-1886.jpeg.jpg)

# Chet Baker Trio, 1979

[*Sad Walk*, Chet Baker Trio,  1979](https://www.youtube.com/watch?v=1ABY82538WY)

La première version d’une série avec un duo guitare/contrebasse en rythmique. À mon avis avec la meilleure section qui soit dans cette config, la paire Doug Raney/Niels-Henning Ørsted Pedersen.

Ces deux-là assoient tellement la rythmique que, bien que toujours triste à souhait, le morceau a dans cette version une dynamique unique. Du reste, probablement la version la plus rapide, ce qui joue aussi (le contraste avec la précédente est flagrant).

Ma préférée, clairement, je ne vais donc pas vous la survendre. Mais sans batterie, Doug Raney et NHOP swinguent de manière impressionnante. Faites bien attention à l’entrée du chorus de Baker, qui laisse les deux cordistes poser l’ambiancejoue des notes graves et tenues en arrière-plan avant de véritablement commencer au milieu du 2e A. Et pour Doug, soyez attentifs à son dernier A, entre 4’50 et 5’00. Une pure merveille de fin de chorus, harmoniquement et rythmiquement. @ demain

![Chet Baker Trio, *Someday My Prince Will Come*, 1983](https://img.discogs.com/mjdOl-vpvcq97lksnuk0C7-dGmc=/fit-in/300x300/filters:strip_icc():format(jpeg):mode_rgb():quality(40)/discogs-images/R-2591994-1292109567.jpeg.jpg)


NB : A partir du début la décennie 80, Chet va souvent jouer avec les mêmes sidemen. Ainsi, pour les trois dernières versions, on va recroiser plusieurs fois les mêmes musiciens.

# Chet Baker Trio, 1983.

Section piano-contrebasse, Michel Graillier (passé chez Magma, présenté à Chet par son pote Jacques Pelzer, dont il épouse la fille Micheline, batteuse de son état et qui a notamment joué avec Willen, Lacy, Shorter, Corea, Liebman et Chet) et Riccardo Del Fra.

Enregistré au Club 21 (Paris), en septembre 1983. Le son est très moyen, la tonalité cheloue, un ton au-dessus de d’habitude, est étrange, peut-être lié à l’enregistrement.

[*Sad Walk*, Chet Baker Trio au Club 21 (Paris), 1983](https://youtu.be/z7ZR73DMFkc)

# Chet Baker Trio, 1985

1985 en Suède, *Sad walk* en image. Michel Graillier encore au piano, Jean-Louis Rajinfosse à la contrebasse. 
Qui peut être plus cool que Chet Baker jouant, dans un fauteuil en cuir ?

[*Sad Walk*, Chet Baker Trio, avec Michel Graillier et Jean-Louis Rajinfosse, 1985](https://youtu.be/9Q9znoIA0zA)

# Chet Baker Trio, 1985

Philip Catherine à la guitare, Jean-Louis Rajinfosse à la contrebasse. La version la plus lente. L’accompagnement de Catherine, si caractéristique, tranche avec la version orthodoxo-bop de Raney, le gratteux de la précédente version sans piano.

[Sad Walk, Chet Baker Trio, avec Philip Catherine et Jean-Louis Rajinfosse, 1985](https://youtu.be/qEg-k1fpqds)

# Chet Baker Trio, 1986

[Sad Walk, Chet Baker Trioo, avec Philip Catherine et Jean-Louis Rajinfosse, 1986](https://youtu.be/2MVo5HyI6O4)

*Sad walk*, dernière. On prend les mêmes et on recommence, Catherine et Rassinfosse (album Strollin', remasterisé, bien meilleur que l’original).

Cette fois encore, l’accompagnement de Catherine impose une ambiance spécifique. D’ailleurs, il vient beaucoup plus rapidement que sur la précédente version aux arpèges harpisants dont il avait le secret.

Son chorus est remarquable, ses deux premiers A sont un déroulé d’arpèges des accords croisés avec des pentatoniques, ce qui fait sa signature d’improvisation. Plus loin, à la ramasse totale, le public applaudit en plein milieu d’une grille de Baker, à la fin du 2e A.

![Chet Baker Trio, *Strollin'*, 1986](https://img.discogs.com/KkkFYEmFBwN-o3OL2mjQ26RZBrw=/fit-in/600x539/filters:strip_icc():format(jpeg):mode_rgb():quality(90)/discogs-images/R-7593376-1444743350-4685.jpeg.jpg)

PS : preuve que ce morceau a marqué les Bakeriens, quand Le Monde a sorti une collection de doubles albums « Le Monde du jazz » en 2009, André Francis et Jean Schwarz ont intitulé celui qu'ils ont consacré à Chet, Sad walk.

![André Francis & Jean Schwarz présentent : Chet Baker, *Sad Walk*, 2009](images/ChetBaker-SadWalk.jpg)

# Dick Wetmore Quartet, 1955

[Sad Walk, Dick Wetmore Quartet, 1955](https://youtu.be/xvc-1ebmCHg)

Plotwist du dimanche. En fait, une autre formation a enregistré *Sad walk*, je l’ai découvert en préparant le fil. Je ne peux pas terminer la semaine sans la citer, mais c’est le quartet d’un violoniste. Z’avez bien lu.

Après tant de versions magnifiques de ce titre sublime par le plus grand trompettiste (no discussion, dears friends, ‘cause we’re still friends, isn't it ?), c’est dur de finir avec cet instrument. Doncques, sous yeux ébahis (vos esgourdes un peu moins), le Dick Wetmore Quartet.

Le Dick Wetmore Quartet enregistre outre-Atlantique, en 1955, la même série de compos de Zieff que le quartet de Baker à Paris, dont Sad walk.

Élément très intéressant, le contrebassiste joue plusieurs passages identiques à ceux de Jimmy Bond, notamment les lignes à l’archet. Étant donné que les deux enregistrements datent de la même année, il se pourrait bien qu’il s’agisse de l'arrangement original de Bob Zieff.

# Colophon

Ce fichier est issu d'un [fil Twitter](https://twitter.com/ThomasGuillem1/status/1462874163983654915?s=20), déroulé jour après jour la semaine du 22 novembre 2021.
Vous pouvez aussi le récupérer au format [Markdown](SadWalk.md) ou [PDF](SadWalk.pdf)

