Voyage au Panamá

 

La ville - la jungle - un bout de carnaval - San Blas - le mariage - les écluses

 

Avant le départ : nuit blanche. Le taxi est réservé pour 4h30 du matin. Moscou - Madrid : 5 heures de vol. Nous dormons. Madrid - Guatemala : 11 heures de vol. Nous dormons pendant la première moitié, ensuite étudions l'espagnol. Nos voisins français sur les deux sièges derrière nous font la même chose. Una tarjeta telefónica, por favor. Tenemos una reservación. (Nous avons une réservation. C'est la phrase la plus utile de toutes celles qu'on a apprises.) Guatemala - Panamá : une heure de vol. Au Panamá presque personne ne parle anglais, même dans les boutiques duty-free de l'aéroport. Encore un taxi pour l'hôtel et nous allons dormir : il est 11 heures du soir.

 

La ville de Panamá

 

27 janvier. Nous allons visiter la ville. Notre rue nous mène directement à l'océan Pacifique. Au-dessus de l'eau et surtout du marché des poissons - une multitude d'oiseaux : des goélands (les mêmes que chez nous), des pélicans, des vautours et des frégates (tous énormes).

 

 

 

Il faut dire que même les oiseaux les plus courants ici sont pour nous totalement exotiques. Voici, par exemple, le grackle (en anglais) ou chango (en espagnol) qui joue ici le rôle de la corneille ou du merle :

 

 

Après avoir à moitié rempli la carte de l'appareil photo, nous allons sur avenida Central, comme le conseille le guide. Avant d'y arriver, un policier armé nous suggère avec les gestes de ranger les jumelles et l'appareil photo dans le sac : il y a beaucoup de voleurs, danger! danger! [dankher, dankher]. L'avenida Central est une rue commerçante avec quelques églises style colonial. On ne peut pas entrer parce que c'est dimanche, il y des messes partout. On peut acheter de la glace chez un vendeur armé d'un gros bloc de glace et d'une râpe. Si on a un peu plus d'argent, on peut aussi acheter une glace. Une chauve-souris dort sur une feuille de palmier.

 

 

Nous regardons les ruines d'un couvent jésuite et d'un autre dominicain. Dans ce dernier, une très large arche en briques, Archo Chato, est restée debout depuis le XVIIème siècle, et sa présence a prouvé aux ingénieurs du Canal la grande stabilité sismique du Panamá.

 

 

Cette arche s'est écroulée en 2003 à cause des vibrations provoquées par les travaux dans la ville. Elle a été reconstruite à l'identique depuis, entre autre grâce à notre fiancé Javier qui a fait son diplôme d'architecture sur Archo Chato et avait pris beaucoup de photos de repérage juste avent qu'elle ne s'écroule. Suzanne achète un chapeau de paille et un pantalon long pour se protéger des tiques dans la jungle.

 

Finalement, nous allons dans le musée du Canal, selon le guide le meilleur musée de la ville. Toutes les inscriptions sont en espagnol, les audioguides ne marchent pas. Nous arrivons à comprendre (pas toujours de la même manière, et c'est systématiquement Suzanne qui a raison), mais c'est bien fatigant. Le musée expose en fait toute l'histoire du Panamá à la lumière du Canal. Au début, quelques artéfacts indiens d'avant le Contact. Ensuite le chemin pour traverser l'isthme sur les mules : des fers à mule, des bouteilles du XVIII siècle, les fortifications anti-pirates (pas toujours efficaces) sur les deux océans. Puis, la ruée vers l'or de 1849, suivie de la construction d'un chemin de fer (ferrocarril) interocéanique en 1855 : armes des aventuriers, billets de train, les horaires et les noms des stations. Dans la salle suivante, le "canal français". À la fin du XIX siècle, le Panamá faisait partie de la Grande-Colombie : un grand pays englobant la Colombie, le Pérou, le Venezuela, l'Équateur, le Panamá et la Bolivie actuels. Le tout réuni par le héros national Sud-américain Simón Bolívar. Le vicomte Ferdinand de Lesseps, qui vient justement de glorieusement achever la construction du canal de Suez, obtient de la Grande-Colombie la concession pour construire un canal, prévu, au départ, pour dans 8 ans. Mais en 20 ans de travaux la société fait faillite deux fois : outre une affaire de corruption, le problème principal est que les ouvriers à peine arrivés sur place meurent du paludisme ou de la fièvre jaune. Le projet est repris par les Américains, moyennant un petit changement d'organisation. Profitant d'un fort nationalisme panaméen, les Américains promettent de soutenir l'indépendance du Panamá à condition d'obtenir la concession pour le canal. Le Panamá indépendant est déclaré le 3 novembre 1903 et reconnu par les États-Unis le 6 novembre. Les Américains envoient aussi des bateaux militaires pour protéger le jeune État. Et la construction du Canal reprend avec, en premier lieu, une attention particulière à la condition de vie et d'hygiène des ouvriers. Pour avoir un peu moins à creuser, le Canal est construit 26 mètres et demi au-dessus du niveau de la mer. Il est alimenté par deux rivières, avec un système de barrages pour réguler sa hauteur. (Du coup, il est entouré par un énorme lac artificiel : le lac Gatún.) Pour entrer dans le Canal, le bateau est remonté par plusieurs écluses, puis redescendu de l'autre côté. (Lesseps, trop ambitieux, voulait se passer des écluses.) Roosevelt I est le premier président américain à effectuer une visite à l'étranger : pour voir l'état d'avancement du Canal. Arrivé là nous avons appris que le musée allait fermer, donc pour la suite de l'histoire il vaut mieux voir Wikipédia. La Canal est passé sous la pleine souveraineté panaméenne en 1999. Il est en train d'être agrandi.

 

Sortis du musée, après avoir fait le tour du Palais Présidentiel et juste marché, nous avons décidé de rentrer à l'hôtel à pied. Il commence à faire nuit à 18h00 et à 19h00 c'est la nuit noire. À deux blocs de l'hôtel nous avons été arrêtés par un couple de policiers. - Vous parlez espagnol ? - Un poco - un poco. (Nous essayons de montrer avec les doigts que c'est vraiment un tout petit poco.) - Vous allez où ? - Hotel Centroamericano. - Cela ne vous pose pas de problème si on vous accompagne ? Et ils nous ont conduits jusqu'à la porte de l'hôtel. Le guide dit qu'après la tombée de la nuit il vaut mieux se déplacer en taxi dans ce quartier.

 

 

La jungle - 5 jours de trekking

 

28 janvier. À 8h00 du matin notre guide Pete alias don Pedro vient nous chercher à l'hôtel. C'est un latino américain parfaitement bilingue : mère vénézuélienne, père cubain (et, si j'ai bien compris, en relations avec les services secrets américains), lui-même né aux États-Unis, marié à une Panaméenne. Il nous amène aux locaux de Pete Adventures pour payer et prendre un deuxième guide, Mike alias Miguel, son apprenti de 16 ans. Mike est petit et très vif. Son anglais est à peu près au même niveau que notre espagnol, pour communiquer on est souvent obligé de faire appel à Pete : "Pedro, dis à señor que la pierre sur laquelle il s'est mis est à moitié suspendue en l'air". Nous allons en voiture à l'entrée du parc naturel de Soberania. Pour le premier jour, Pete a prévu une boucle avec un minimum d'affaires : il a toute sorte de clients et il doit vérifier si nous savons marcher. Par ailleurs, Iberia, notre compagnie aérienne, a l'habitude de perdre environ un bagage sur deux ;  une boucle au début de la randonnée permet parfois de les récupérer. (Nous-mêmes, prévenus par Naziad, avons pris les chaussures de marche et un sac de couchage dans les bagages à main, mais nos bagages sont arrivés sans problèmes.)

 

Le parking à l'entrée de Soberania est recouvert d'herbe. Par endroits elle pousse sur le sol, par endroits entre des cailloux. Pete nous fait remarquer que les cailloux forment une bande de deux mètres de large et que cette bande continue bien au-delà du parking et s'engouffre dans la forêt. Il s'agit en fait d'un pavage primitif de Camino Real - le Chemin Royal - qui reliait les deux océans avant le chemin de fer et le Canal et que nous allons suivre pendant les 5 jours.

 

À peine entré dans la forêt, nous voyons une procession de fourmis coupeuses de feuilles. Je suis tout excité : c'est un flot ininterrompu de petits bouts de feuilles, large de 10 cm et long de plusieurs dizaines de mètres.

 

 

 

Beaucoup plus impressionnant qu'à la télé. En fait, ces fourmis sont quasiment la seule espèce animale qu'on croise dans la jungle sans avoir à chercher. Et probablement aussi la plus représentée (en biomasse). Il faut dire que la matière première - les feuilles - ne manque pas. Ces fourmis en font un compost sur lequel pousse un champignon dont elles se nourrissent. Leur chemin est soigneusement nettoyé de tous les obstacles, sinon ça serait trop chiant pour transporter les feuilles. Il suit souvent un tronc d'arbre ou un sentier. Lorsqu’un chemin est abandonné, cela donne ceci :

 

 

Quelquefois les fourmis ramassent les pétales jaunes et bleus tombés des fleurs, ce qui donne à leur procession un air particulièrement joyeux.

 

Un peu plus loin on voit un tas de verre brisé. Un groupe peu respectueux de l'environnement a bu ici plusieurs bouteilles de je ne sais quoi pour les balancer dans la nature. Mais quand on apprend que les bouteilles datent du XIXème siècle on devient tout de suite moins sévère.

 

Pete marche devant : son job est de chercher les serpents. En 5 jours nous en avons croisé trois, dont un - fer de lance - très venimeux. Mike marche derrière et essaye de repérer les animaux. Il s'est vite avéré que nous sommes totalement dépendants de lui pour observer les animaux: j'ai beau m'évertuer à étudier la cime de chaque arbre au point d'avoir mal au cou, je ne vois rien de spécial. Mais voilà que Mike nous appelle et nous montre un élargissement sur une branche dans l'arbre qu'on vient de dépasser. "Oh, cool! - dit Pete. - Un groupe de singes hurleurs." Nous sortons les jumelles. En effet, l'élargissement de la branche est un singe parfaitement immobile qui me regarde droit dans les yeux. (Apparemment eux n'ont pas de mal à nous repérer.) Autour il y encore quelques singes, mais on ne les voit presque pas derrière les feuilles. Nous regardons le singe. Le singe nous regarde. Au bout de deux ou trois minutes, il se dit, bon allez, hop, ça suffit! et disparaît en trois bonds.

 

La première journée a été particulièrement fructueuse pour les animaux. Nous n'étions pas pressés et nous avons simplement eu de la chance. Nous avons vu plusieurs groupes de singes hurleurs et un deux mâles solitaires. À la fin, c'est nous qui disions « bon allez, ça suffit » en premier.

 

 

Nous avons aperçu les singes à tête blanche et les petits singes titi qui font la taille d'un écureuil. (Fort de ce savoir, le lendemain j'ai pris un vrai écureuil pour un titi.) Nous avons vu un paresseux à trois doigts. Comme il est en général assez difficile de lui compter les doigts, on le repère plutôt à la marque sur son dos. Le paresseux s'enfuyait paresseusement vers la cime de l'arbre et a disparu dans les feuilles en une ou deux minutes. Nous avons vu l'énorme papillon morpho d'une couleur bleue irréelle. Nous avons vu un coati à nez blanc qui traversait la route. Et nous avons vu quelques oiseaux qui sont tous cochés dans notre guide d'oiseaux du Panamá. Mike arrive à les repérer avec une efficacité phénoménale. À part ça, on a vu des traces des mules dans la pierre : ces animaux ont l'habitude de mettre toujours leurs sabots au même endroit ; à la longue ça fait des trous de 10 ou 15 centimètres de profondeur.

 

Dans l'après-midi nous retrouvons le fourgon de PeteAdventures qui nous conduit au bord du lac Alajuela. Là nous sommes attendus par des indiens dans leurs costumes nationaux : rien du tout à part une bande de tissu rouge ou jaune vif attachée à une ficelle autour des hanches.

 

 

Nous montons dans leur barque nationale (un cayuco), sauf que là il s'agit d'un cayuco à moteur. Le voyage dure une demi-heure. On aperçoit tantôt une aigrette, tantôt un faucon.

 

 

À un moment nous croisons un aigle avec un poisson dans les griffes. Parfois l'Indien arrête le moteur pour nous laisser regarder un oiseau. La barque nous amène dans un village. Ce sont des Indiens Emberra ; plus tard nous aurons aussi à côtoyer des Indiens Kuna. Il est bien difficile d'établir un contact intéressant avec les Indiens. Si nous parlions espagnols, nous aurions pu bavarder un peu : moi je fais des maths dans un labo du CNRS à Moscou, Suzanne, en septembre, a soutenu sa thèse en neuro, et vous, alors, la pêche a été bonne ? j'ai vu que vos hommes ont pris deux tortues et un iguane... Mais les quelques personnes qui essayent de nous poser des questions laissent tomber en voyant que nous les comprenons à peine. Je ne peux que regretter amèrement que Lionel ne soit pas avec nous et, faute de mieux, décrire le village. Il y a une vingtaine de maisons en bois au bord de la rivière, dans une espèce de clairière de forêt. Toutes sont construites sur des pilotis et n'ont pas de rez-de-chaussée : cela évite que les serpents et les insectes rampants viennent vous visiter pendant la nuit. Les toits sont en feuilles de palmiers séchées, si je ne me trompe pas ; en tout cas, c'est parfaitement étanche. La maison des touristes (celle où nous dormons) a trois différences par rapport aux autres : elle est plus grande, n'a pas de murs et on y monte par un escalier en bois plutôt que par un tronc d'arbre avec des encoches.

 

 

Au milieu du village, il y a un terrain pour jouer au foot. Les Indiens gardent des chiens, des poulets et quelques animaux sauvages qui ont grandi au village : un cochon pecari, un perroquet.

 

 

Dans l'arbre Mike nous montre un iguane. Normalement les Indiens les chassent : peut-être est-ce aussi un iguane domestique ?

 

 

Dans le village il y a une école, mais en ce moment c'est les vacances. Les Indiens ont aussi des petits jardins, mais n'ont pas le droit à des exploitations agricoles. Par contre, eux seuls ont le droit de chasser dans la réserve naturelle. Une dame assez âgée nous fait à manger sur le feu : une omelette et une énorme pâte de riz chacun. Pas spécialement bon, mais très nourrissant.

 

Le village vit essentiellement du tourisme. Selon Pete, tous les services qu'ils nous ont rendus (la barque, la nuit, les œufs pour l'omette) sont soigneusement comptabilisés et chacun est indemnisé selon sa contribution. Apparemment, c'est relativement cher : Pete passe 10 bonnes minutes à négocier et finit par renoncer à leur louer une barque pour le lendemain. Son agence possède ses propres barques à moteur.

 

Pete est un grand randonneur : il a fait des trekkings non seulement au Panamá, mais dans presque tous les pays des deux Amériques et dans pas mal de pays européens. Quand il était plus jeune il arrivait à passer des voies d'escalade niveau 8c. À part ça, c'est un grand spécialiste des massages. Il est  très content de tomber sur des clients qui savent ce que c'est qu'une randonnée et nous raconte toutes sortes d'histoire sur d'autres groupes qu'il a eus. Des gens qui poussent un cri à chaque fois qu'une feuille leur tombe sur la tête. Un groupe d'anglais qui vient juste après nous pour faire une randonnée de 10 jours sur le volcan, et qui n'a pas pensé à prendre des sacs à dos. Un millionnaire canadien ou américain (j'ai oublié) qui s'est senti fatigué au milieu de la randonnée et a demandé de se faire ramener à Panamá par hélicoptère. En même temps, la relation guide-client reste assez délicate. À un moment il décide de modifier l'itinéraire, et on découvre que la nouvelle variante est vraiment beaucoup plus intéressante, avec une possibilité de croiser des caïmans et des crocodiles. Mais le lendemain il décide finalement de revenir à l'itinéraire de départ : la variante c'est tout de même bien risqué, il y a des braconniers et la traversée est difficile. (Je regrette toujours un peu cette variante, car on n'aura finalement pas vu de crocodiles de tout notre séjour.) Ce soir Pete nous explique qu'il cherche à nous procurer les expériences les plus authentiques possibles et donc il a préféré renoncer au spectacle de danse. J'accueille cette nouvelle avec soulagement, car au départ on était sensé danser avec les Indiens. Mais la vraie raison est, en toute probabilité, le prix qu'ils demandent.

 

Jusqu'à ce soir, je pensais que Mike avait 25 ans. (C'est vrai, je ne suis pas très bon pour deviner les âges.) C'est un très bon marcheur, mais il ne cherche absolument pas à nous montrer son endurance ou à accélérer le pas. Quand il marche devant, il attend Suzanne dès que la distance dépasse 20 mètres. Hormis le fait que Mike passe sa vie à marcher, j'ai l'impression que tous les employés de Pete sont bien disciplinés : les conducteurs du fourgon étaient à peu près les seuls conducteurs prudents qu'on ait vus au Panamá. Lorsque nous commençons à échanger avec Mike quelques phrases baragouinées en espagnol ou en anglais, sa nature enfantine transparait :

- Tree, español ? Como es tree en español ?

- Arbor.

- Arbor ?

- Si, arbor. Tree. Tres.

- Tres ?..

- Tres. Three. Tres arbors, en engles ?

- Three trees.

- Ha-ha-ha!

- Mmm...

 

 

 

29 janvier. Un colibri volette de fleur en fleur avec le bruit d'un hélicoptère miniature. Il est tout près, mais impossible de le photographier : il ne reste pas en place plus d'une seconde.

 

Avant le départ, Pete dit au revoir aux villageois : "Hermanos y hermanas, bla-bla-bla-bla-bla". ("Hermanos y hermanas" signifie "frères et sœurs".) Nous partons avec un guide indien : lui et Mike marchent devant avec des machetes pour couper la végétation. C'est un truc très puissant : en moins de trente secondes on peut couper en deux un tronc large comme mon bras. Les plantes poussent tellement vite qu'il faut refaire le sentier à chaque passage ; pendant la période de pluie il devient totalement impraticable. Les machetes me font très envie et au bout d'une heure je demande si je peux prendre celle de Mike. Au début ça marche moyen : les plantes se plient en deux au lieu de se laisser couper, mais progressivement je prends le coup de main et parviens à faucher quelques feuilles pendant que l'Indien débroussaille le sentier devant nous. Un guide indien sert aussi de passe-droit : à la fin de la matinée Pete nous fait remarquer que nous avons déjà traversé trois habitations indiennes et que personne ne nous a demandé un seul cent.

 

... Un cacique est un grand oiseau noir avec un gros bec blanc. Il ressemble à une corneille en encore plus sympa. Il chante comme un petit ruisseau fortement amplifié : tantôt une goutte d'eau qui tombe juste à côté du micro, tantôt une sorte de ruissellement...

 

... Un toucan chante sur la plus haute branche d'un très grand arbre au loin. Dans les jumelles on voit sa silhouette et le gros bec qui s'ouvre, mais pas les couleurs. Son chant ressemble à celui d'une grenouille...

 

... Un motmot ou momoto a une queue composée deux longues plumes qui se terminent en forme de raquettes de squash...

 

 

L'après-midi nous arrivons au même lac Alajuela et allons nous baigner. Pendant que nous nous changeons, le guide indien a eu le temps de partir. Nous n'avons jamais su son nom. La barque de PeteAdventures nous conduit le long du lac (hérons, cormorans, l'aigle blanc), remonte une rivière et nous dépose à un autre village Embera. Dans celui-là, les femmes sont toutes topless, mais curieusement, cela n'a pas l'air  si choquant, car elles sont peintes et cela remplace un peu les vêtements. Nous allons de nouveau nous baigner et sommes rejoints par une bonne quinzaine de petits enfants. Je mets Suzanne sur mes épaules et la jette dans l'eau. Ensuite je propose aux enfants de faire la même chose. Les plus courageux acceptent et je passe quelques minutes à les jeter dans l'eau un par un. Par suite de cet heureux événement, nous avons réussi à établir un contact intéressant avec une fille qui s'appelle Madleni. Plus précisément, c'est Madleni qui a établi un contact avec nous. D'abord elle sautait dans l'eau comme les autres enfants, en criant « ¡todavia! » (encore). Après elle nous a demandé nos noms, d'où nous venions, si nous étions mari et femme et si nous avions des enfants. C'était très bien trouvé comme questions, car elles composent à peu près le contenu des trois premières leçons de l'Assimil, si bien que nous avons réussi non seulement à comprendre, mais aussi à répondre. Après nous avons eu le dialogue suivant :

- Et toi, tu as quel âge ?

- Dix ans. Non ! non ! Pas dix ans. Onze ans.

- Tu as des frères et sœurs ?

- Une petite sœur et un frère encore plus petit.

- Tu vas à l'école ?

- Oui, mais maintenant c'est les vacances.

- L'école est ici ?

- Non, elle est dans un autre village de la communauté.

- Combien il y a de gens ici ?

- Beaucoup ! Si on compte toute la communauté, les trois villages, toutes les familles, todos-todos, ça fait 150 personnes.

- Chez nous, à Paris, il y a soixante millions de personnes.

C'est vrai que c'est un peu abstrait, soixante millions, même pour moi... Madleni a demandé où était Paris. Je lui ai dessiné par terre les deux Amériques et mis un petit caillou entre les deux pour désigner le Panamá. Mais tout cela ne lui disait rien. Je pense qu'elle va apprendre la situation stratégique de l'isthme panaméen à l'école, mais un peu plus tard. Nous avons essayé de lui dire que Paris était derrière un océan, mais nos tentatives "ocean, oceano, mucho agua" sont restée infructueuses. En fait, océan se dit bien océano, mais Madleni ne connaissait pas ce mot. Nous avons un peu joué au baseball avec un bâton et des petits cailloux (Madleni me prévient de faire attention aux autres enfants, elle est probablement la plus âgée de tous) et après j'ai essayé de lui apprendre à jongler avec trois cailloux. Une autre petite fille touche ma calvitie avec sa petite main et demande : ¿qué ha passado? (Les Indiens ne connaissent pas la calvitie). J'aurais dû réponde : "Oh, rien, un jaguar," mais j'y ai pensé trop tard.

 

Au retour, je monte dans notre maison sans utiliser l'escalier en bois, en faisant un pseudo-rétablissement. Les quelques villageois qui me voient se mettent à applaudir et demandent avec des gestes que je fasse ça encore une fois. Je refais mon pseudo-rétablissement et fais une révérence au public comme dans un cirque. Pete leur dit quelque chose en espagnol, ils sont tous morts de rire.

 

Pete et Mike nous proposent de faire une petite promenade autour du village. Nous trouvons un paresseux qui dort en haut d'un arbre et qu'on voit à peine et un puffbird ou buco dont Suzanne fait une excellente photo :

 

 

Une dame nous fait à manger : du riz et des morceaux de poulets avec une sauce. C'est délicieux. En tout cas, de mon point de vue.

 

Le soir, Madleni revient nous voir avec sa petite sœur et son petit frère. Nous regardons notre guide d'oiseaux. Madleni a trouvé la carte du Panamá et nous lit les noms des villes. Sa petite sœur aime bien les petits dessins utilisés pour décrire le comportement, l'habitât et la nourriture de chaque oiseau. Elle montre les petits dessins et demande qu'est-ce que ça veut dire. Suzanne jette un coup d'œil discret sur la légende en espagnol et lui explique chaque dessin. Il y a juste le mot invertebrados qui pose quelques problèmes.

 

 

La nuit est sans nuages et il n'y a aucune source de lumière. On voit toutes les étoiles. Nous demandons à Mike comment on dit "étoiles" en espagnol. C'est estrellas. Mais à force de pointer avec la main, nous ne sommes plus très sûrs s'il parle des étoiles ou des gilets de sauvetage qui sont suspendus à nos têtes.

 

 

Je tends bien le bras vers le ciel et précise "estamos romanticos". Il parlait bien des étoiles.

 

Pete ronfle toute la nuit. Mais on était prévenus.

 

 

30 janvier. Nous partons de nouveau avec un guide indien. Les deux premières journées étaient un peu de l'échauffement : il serait tout à fait possible de nous amener directement ici en barque le matin du premier jour. Mais maintenant nous commençons une traversée de la jungle qu'il faudra terminer d'une façon ou d'une autre. Pete nous avertit que nous avons une longue journée de marche devant nous. Nous partons à 8h00 et, au départ, suivons le chemin qui mène à l'école de Madleni et des autres enfants. Cela prend une heure et il faut traverser trois petites rivières au gué (l'eau arrive aux genoux).

 

À un moment nous rencontrons un serpent vert. Il est non venimeux et il a dû s'en mordre les doigts.

 

 

À midi, après 4 heures de marche en continu, Pete nous annonce que nous avons tellement bien marché qu'on vient de finir le trajet qu'il avait prévu pour la journée. Du coup, on marche encore une ou deux heures et on s'arrête à côté d'une petite ferme. Le parc naturel de Chagres (nom d'une des rivières qui alimente le Canal) a été établi en 1985 ; ceux qui y habitaient à l'époque ont le droit de garder leurs propriétés. Du coup, au milieu de la jungle on rencontre de temps en temps un espace déboisé avec quelques vaches, quelques chevaux et un vieux paysan.

 

J'ai l'habitude, en randonnée, de partir devant, marcher 40 minutes à un bon rythme, puis me reposer en attendant les autres. Ici on marche des heures durant, plutôt lentement, mais sans nous arrêter et sans poser les sacs. C'est beaucoup plus fatigant (pour moi, en tout cas).

 

Pete prépare sur un réchaud des conserves de haricots rouges avec de la viande et une sauce piquante. J'en suis ravi : au début j'ai cru que c'était de la sauce tomate.

 

Pendant la journée, notre seul dialogue avec le guide indien a eu lieu à l'occasion d'une gigantesque souche pourrie. Je me suis exclamé "¡viejo arbor!" et il m'a répondu "¡si!" avec un grand sourire. Maintenant que je me propose d'aider Mike à faire la vaisselle il va jusqu'à demander comment je m'appelle. Lui s'appelle Sereño. Cela veut dire serein et lui correspond très bien.

 

 

31 janvier. Pete nous dit qu’aujourd’hui c'est le moment de ralentir un peu et d'observer la nature. Alors nous prenons notre temps. Je passe 10 minutes à essayer de photographier un colibri exceptionnellement patient que Mike et Sereño ont repéré sur une branche toute proche.

 

 

Nous nous baignons dans un endroit un peu plus calme et profond de la rivière. Nous marchons maintenant dans la vraie jungle en suivant le chemin de fer construit par les Français en 1855 (il a fonctionné pendant 22 ans). Nous croisons un ancien pont, des restes de voitures, des railles soulevés par des racines ou suspendus en l'air au-dessus d'un ruisseau.

 

 

 

 

Il y a deux méthodes pour avancer : suivre la rivière (le plus souvent, on arrive à ne pas mouiller le short), ou se frayer le chemin à travers les plantes. Dans le premier cas, on perd beaucoup de temps à faire des virages et des méandres. Dans le deuxième cas, on avance à pas de tortue. Pour la vitesse utile cela revient au même : on fait 3 kilomètres en 4 heures. On se dirige à la boussole ; lorsqu’il y a une clairière, Pete sort son GPS et parvient de temps en temps à localiser 3 satellites pour obtenir notre position. Par 30 degrés à l'ombre il est très agréable de marcher dans l'eau. Mais mes chaussures de marche ont une ouverture trop large : toute la vase qu'on soulève en marchant s'y dépose. En essayant d'enlever les petits cailloux de mes chaussures je fais saigner successivement les 6 doigts qui peuvent être utilisés pour cette tâche. Et ça, c'est un peu moins agréable. Nous sommes entourés de poissons. Mike essaye de les couper en deux avec son machete et rigole joyeusement. Je ne rigole pas. Sereño marche avec des bottes en caoutchouc qu'il vide à chaque sortie de l'eau. Selon Pete, les chaussures de marche sont hors de prix pour un Indien. En octobre 2005, le Panamá a subi la plus grande tempête depuis le début des enregistrements météo. Concrètement, cela veut dire qu'il y a partout des troncs d'arbres en travers du chemin. Un seul tronc d'arbre n'est pas un grand obstacle, mais quand il y en a un tous les 20 mètres, cela ralentit beaucoup. Sereño et Mike coupent sans relâche avec leurs machetes. D'après Pete, moins de 30 personnes par an font cette traversée.

 

 

 

Peu à peu on passe du mode « on a plein de temps » à « on essaye de ne pas perdre de temps », puis à « il va falloir qu'on fasse le maximum de chemin aujourd'hui ». Notre but est de quitter la rivière et de passer entre deux collines en suivant le chemin de fer. Mais le chemin de fer est introuvable, nous quittons la rivière trop tard et sommes forcés de traverser une colline de face. Elle ne fait que 500 mètres de haut, mais les mètres sont plus longs que d'habitude. Nous montons (je fais des acrobaties pour sortir le sac à dos des lianes, car Mike et Sereño n'ont plus le  temps de nous faire une autoroute). À un moment Sereño nous montre des traces de jaguar. Nous descendons par le lit d'un torrent asséché. C'est assez casse-cou avec des éléments d'escalade. Des fois il y a des cascades qu'on est obligé de contourner. Le terrain est pourri : de la terre, de la boue, des lianes, des racines, des cailloux glissants qui ne tiennent pas sur place. Le mieux est de s'agripper aux arbres, mais il faut d'abord vérifier de quel arbre il s'agit. Il y a une espèce couverte de petites épines à raison de 2 par centimètre carré et une autre avec des épines plus rares, mais qui font 10 centimètres de long (au moins, celles-là, on les remarque). Je rappelle à Pete le slogan de son agence : « no tours, just adventures! » Mais il a momentanément perdu le sens de l'humour. En fait, notre situation est réellement un peu délicate : on peut difficilement planter une tente à l'endroit où on est. Dormir sans tente dans la jungle est fortement déconseillé à cause des insectes et des serpents (et accessoirement des jaguars). Il vaut mieux ne pas marcher la nuit, car c'est là que les serpents sortent (et qu'on ne les voit pas). Et le moment fatidique de 18h45 approche : à 18h40 on voit encore, à 19h00 on ne voit plus rien. Finalement, à 18h45 Pete trouve un petit replat couvert de plantes. Les machetes font des miracles : en 5 minutes la zone est libre de toute végétation. Nous plantons nos deux tantes aux frontales l'une blottie contre l'autre. Pete dit que cela fait 8 ans depuis qu'il s'est perdu comme ça pour la dernière fois. Je suis fort heureux que ça soit tombé sur nous : je trouve que c'est uniquement dans ces circonstances qu'on se sent vraiment bien dans la jungle. Comme les pionniers, les maladies en moins. Mais Pete n'est visiblement pas très content et insulte les bullet ants (fourmis géantes de 2 à 2,5 centimètres de long) qui n'y sont pourtant pour rien. Il nous avertit de ne pas se faire piquer par ces salopards. Mike essaye de couper une fourmi en deux avec sa machete, mais je l'en empêche. Il rit joyeusement. Je ne ris pas. Globalement, je me sens solidaire avec les fourmis géantes et je me dis qu'il faudrait essayer si ça fait vraiment si mal que ça de se faire piquer.

 

(Le lendemain Pete nous a raconté qu'un de ses clients s'était fait piquer par une fourmi géante. Selon ce client, de tout ce qu'il avait vécu cela ressemblait le plus à la morsure du rottweiler. Une douleur saisissante non seulement dans la main, mais dans tout le bras et jusqu'à la cage thoracique. On peut ensuite avoir des tremblements et de la fièvre, et en général on ne peut pas continuer la randonnée pendant au moins une journée. Wikipédia décrit la douleur provoquée par une piqure de ces fourmis comme « waves of burning, throbbing, all-consuming pain that continues unabated for up to 24 hours. » Finalement j'ai bien fait de ne pas essayer.)

 

- Chut !!! Pete a entendu quelque chose ; il nous fait signe de ne pas bouger et les trois guides écoutent en silence les voix de la jungle. Ils se regardent et font un petit oui de la tête. Pas de doute : un camion ! The road is so fucking close, et on est là sur ce foutu replat incapable de retrouver le chemin ! Nous mangeons des raviolis et allons dormir. Je suis épuisé et très fière de Suzanne qui n'a pas faibli un seul instant.

 

Au milieu de la nuit, des reniflements de plus en plus étouffés et désespérés attirent mon attention. Suzanne a un accès de rhume et manque cruellement de mouchoirs. On était déjà un peu à court de mouchoirs depuis quelques jours ; moi-même j'ai dans ma poche un vieux kleenex usé jusqu'aux trous et reprisé (enfin, presque). La solution la plus rationnelle semble de me rendormir pour prendre des forces et de laisser Suzanne à son triste sort, mais je ne suis pas totalement satisfait. Au bout de 10 minutes de réflexion intense, mon cerveau trouve une autre idée : je propose à Suzanne de transformer notre serviette de bain en mouchoir. Elle est ravie, mais me demande d'allumer ma lampe frontale pendant que je cherche la serviette dans le sac à dos, pour qu’on puisse empêcher les insectes de pénétrer dans la tente. (Le rhume à dû lui monter à la tête.) Une demi-heure de mouchage intensif, Pete nous dit de la tente à côté de ne pas nous gêner pour eux et de nous moucher sans retenue. Puis la crise passe et nous nous rendormons. Selon Pete, les mouchages de Suzanne ont fait fuir un jaguar qu'ils ont entendu pendant la nuit. Je lui demande d'imiter le bruit du jaguar. Cela ressemble tellement à son ronflement que même si je l'ai entendu je n'avais aucune chance de le remarquer. (Et au retour dans la ville, j'ai découvert deux paquets de mouchoirs vièrges au fond de mon sac...)

 

 

1 février. Pete jette dans la jungle les boîtes de conserve et les assiettes en plastique. Je trouve qu'il exagère : on n'est pas tant que ça dans la merde, juste un peu en retard. D'autre part, si ça ne lui arrive qu'une fois tous les 8 ans... Nous continuons notre descente casse-cou. En fait, nous ne sommes qu'à 1 heure 20 de l'endroit où l'on était sensé dormir : encore une ferme, cette fois en dehors du parc naturel. De là  nous suivons une rivière qui est en même temps une route (plutôt pour un tout-terrain quand même). Pete devient de plus en plus joyeux au fur et à mesure que son GPS lui indique de moins en moins de distance à parcourir. À la fin il commence à chanter à haute voix des chansons en espagnol. Le long du chemin, nous voyons des gens qui démontent le chemin de fer du XIXème, probablement pour vendre la ferraille. Pete est très en colère : il nous dit que ce chemin de fer est classé patrimoine mondial par l'UNESCO et que c'est peut-être à cause de ces fils de pute que nous nous sommes perdus hier : on devait suivre le chemin de fer, mais s'ils ont eu le temps d'enlever les rails, on pouvait toujours chercher.

 

Les animaux ici sont moins farouches : c'est là que nous voyons des aigrettes et des martins-pêcheurs au plus près.

 

 

C'est là aussi que nous rencontrons nos meilleurs singes hurleurs.

 

 

Ensuite nous croisons un singe à tête blanc qui pousse des hurlements comme si c'était lui l'hurleur. Mike nous explique avec des gestes : c'est un singe rikiki de rien du tout, mais il fait style je suis King-Kong. Puis nous arrivons au pont où nous attend un fourgon de PeteAdventures avec tout un groupe d'employés qui sont là pour différentes raisons.

 

Ils nous amènent d'abord dans un restaurant, où nous nous changeons dans les toilettes. Suzanne prend à peu près 5 fois plus de temps que moi, mais quand elle sort Pete dit : Is it your wife? I don't recongnise her! À table, la bande joyeuse de PeteAdventures discute et rigole, et je vois que non seulement nous, mais aussi Sereño est un peu isolé : il mange dans son coin sans rien dire. Autant il était chez lui dans la forêt, autant ici il a l'air un peu perdu. J'entame alors avec lui cette glorieuse conversation :

- Toi, maintenant, à la maison ?

- Non, pas maintenant, demain.

- Et la nuit ?

Il m'indique Pete.

- Et demain comment ? Avec une voiture ?

- Avec une voiture, oui. (Il montre qu'il va faire du stop.)

- Tu connais Madleni, 11 ans ?
- Oui.

- Tell her hello.

Toutes ces informations, si courageusement obtenues, se sont avérées inexactes, car Sereño a trouvé un bateau qui le ramenait chez lui le soir même.

 

Puisque c'est juste à côté, nous visitons Portobello, une des deux villes de destination de Camino Real. Il y a un ancien fort sensé protéger la ville des pirates. Mais le fort a été construit pour les attaques venant de la mer, alors que les pirates ont toujours attaqué par derrière, de la terre ferme.

 

 

Il y a aussi une statue du Christ noir très connue et qui m'a fait une grande impression : je ne m'attendais pas à trouver une si belle statue dans une si petite ville. C'est une statue en bois noir ; au départ, elle devait être peinte et envoyée en Espagne, mais pour des raisons que j'ignore, elle est restée noire et à Portobello.

 

 

Et voici des vitraux dans la même église. Cela veut dire : « mise au cercueil interdite » et «  descente de la croix recommandée ».

 

 

Pete va prier : il doit remercier Jésus pour la réussite de notre randonnée. Je n'arrive pas à m'habituer que tous ces américains sûr d’eux et décomplexés sont croyants.

 

Nous rentrons au Panamá-City. En voiture Mike sort de temps en temps des petites remarques qui font hurler de rire toute la bande. Par exemple : oh-là-là, toutes les taxes qu'ils ont dû payer ! Explication (fournie par Pete) : on passait devant une zone d'agrandissement de la route avec un gros tas d'arbres abattus. Au Panamá, les lois de protection de la nature sont très sévères : pour couper un arbre dans son jardin un particulier doit payer une taxe importante. Mais tout le monde sait que la compagnie des routes s'arrange autrement.

 

À Panamá-City, nous avions laissé nos affaires chez les parents de Javier. Maintenant nous devons procéder à un échange : leur laisser ce qui ne sert qu'en randonnée et prendre ce que nous voulons amener à San Blas : l'archipel dans la mer Caraïbe où nous allons maintenant nous reposer 4 jours sur un bateau. Mais il y a deux hics. Un : c'est déjà le Carnaval, les rues sont bouchées et les chauffeurs de taxi - à peu près le seul moyen de transport au Panamà - se reposent. Pete dit « it may be difficult finding a taxi » et le chauffeur du fourgon qui ne parle pas anglais confirme : « ¡A si! May be difficult! » Ils nous proposent très gentiment de nous amener à l'adresse des parents de Javier, puis de nous ramener à notre hôtel. Deux : les parents de Javier ne sont pas là. Mais ils ont pensé à nous et laissé nos affaires chez le concierge. En finale nous procédons à un échange éclair dans le hall assez chic d'une belle résidence. Nous prenons des affaires propres et laissons en échange notre tente, les tapis de sol et deux immondes paires de chaussures de rando. Nous avons essayé de transmettre aux parents de Javier des remerciements et des excuses à la mesure de la saleté de nos chaussures. Le fourgon de PeteAdventures nous ramène à l'hôtel.

 

 

Un bout de carnaval

 

2 février. Nous changeons d'hôtel et déménageons pour une nuit dans la luxueuse La Estancia dans le cartier qui s'appelle Cerro Ancón. C'est un cartier proche du canal, et je pense qu’autrefois il a dû être dans la zone américaine. En tout cas, on voit partout leurs traces : le bâtiment de l'administration du Canal, une église protestante avec une inscription en anglais sur le fronton. C'est ici également que nous avons croisé la deuxième Panaméenne qui parlait anglais (la première était à l'accueil au musée du Canal). Aujourd'hui Ancón est juste un cartier assez luxueux situé sur une colline. L'hôtel est tout blanc et à l'accueil les gens sont parfaitement anglophones. Devant le balcon sont installées plusieurs mangeoires et on peut observer des oiseaux bien plus facilement que dans la jungle.

 

 

Nous sommes allés nous promener autour de l'hôtel et avons vu plusieurs très beaux oiseaux, dont un toucan. Cette fois, il était assez près pour qu'on le voie bien avec les jumelles. Mais nous avons dû écourter notre visite pour aller voir le Carnaval avant qu'il ne fasse noir.

 

Le Carnaval est la fête principale au Panamá. Il a lieu le jour du mardi gras, 47 jours avant pâques, d’habitude vers mi-février. Mais cette année le mardi gras était particulièrement précoce : c’est tombé le 5 février. (D'ailleurs, cela a causé un grand effroi à nos mariés, car, apparemment, les autorités pensaient du coup commencer le carnaval le jour du mardi gras, plutôt que de le terminer ce jour-là, comme cela se fait habituellement. Dans ce cas, le mariage n'aurait pas pu avoir lieu : pendant le Carnaval tout est fermé.) Donc nous sommes sur une grande rue avec un défilé de chars et de groupes qui chantent. Passe un char indien : des éléphants et des tigres en plâtre, des dessins de radjahs ou de mandarins. En haut de tout cela une belle jeune fille qui a l'air bien fatiguée, mais qui continue courageusement à danser. Le tout est tiré par une voiture. Ensuite passe un groupe de chanteurs jaunes. Tout le monde est habillé en jaune et ils chantent un truc africain avec un rythme. Puis vient un char maritime : poissons, mollusques, calamars, un énorme hippocampe. En haut une belle jeune fille, bien fatiguée, mais qui danse. Ensuite un groupe de chanteurs bleus. Ceux-là jouent des trompettes et des tambours. En tout une dizaine de chars et une dizaine de groupes. Autour dansent des gens avec différents masques effrayants et demandent de l'argent aux passants. Tout le monde peut acheter des confettis ou un pistolet à eau et on a le droit de tirer sur n'importe quel passant, sauf la police. Il y a beaucoup de policiers, un groupe de dix tous les 50 mètres, plus quelques sporadiques. D'ailleurs, on est fouillé aux accès à la rue principale. Autour il y a des boutiques où l'ont peut acheter des boissons ou un truc à manger. Dès que le défilé est passé, ils allument des haut-parleurs à une telle puissance qu'il devient impossible de s'approcher et d'acheter quoi que ce soit. Dans certaines villes le Carnaval est désormais sans alcool, mais à Panamá on peut acheter une bière. Javier dit que les gens en absorbent une quantité phénoménale et que le lendemain du Carnaval il suffit de dire « ¡una cerveza! » (une bière) pour faire vomir certains.

 

 

Au retour dans l'hôtel, un monsieur de l'accueil nous dit qu'un paresseux a été remarqué dans un arbre devant le balcon quelques heures plus tôt. Il apporte une grosse lampe et nous fouillons longuement les branches. À la place du paresseux, nous trouvons une magnifique chouette noire et blanche (cárabo blanquinegro). Lorsque le faisceau de lumière s'est fixé sur elle, elle nous a regardé avec désapprobation et a fini par s'envoler.

 

Le lendemain matin, nous prenons l'avion pour San Blas.

 

 

San Blas

 

Je profite du moment pour dire merci à Mélody de la compagnie San Blas Sailing : elle nous a réservé le vol sur Air Panamá et le bateau, mais tout en ayant bien profité de ses services, nous ne l'avons jamais rencontrée en direct.

 

Contrairement à Iberia, Air Panamá ne torture pas ses passagers avec une espèce de musique en boucle au décollage et à l'atterrissage. Par contre, ils changent tout le temps les horaires des vols : le seul moyen de savoir à quelle heure on part est de les appeler la veille. En l'occurrence, nous partons à 7h00 au lieu de 6h00, ce qui nous arrange bien.

 

C'est le plus petit avion que j'ai jamais pris. Il a exactement 20 places : trois rangées de 6 et une rangée de 2 devant la porte.

 

 

L'aéroport à l'arrivée est impressionnant : il est constitué d'une piste, d'un petit quai pour les barques et d'un muret pour séparer les deux.

 

 

À part ça, les deux seules installations aéroportuaires sont montrées sur les photos suivantes.

 

 

Notre capitaine nous attend avec une barque à moteur. Il s'appelle Piedro et sa compagne qui nous attend sur le bateau, Simonetta. Ils sont italiens, mais tous les deux parlent français.

 

 

Le bateau s'appelle Dream.

 

 

Piedro allume le moteur et, lorsque le bateau est en marche, lève la voile (le foc). - Vous gardez le moteur ? - demande poliment Suzanne. Non, il n'y a plus besoin : Piedro coupe le moteur, et nous avançons à la force du vent. - Voilà ! - me dit Suzanne avec un sourire triomphant.

 

Les îles de l'archipel de San Blas ressemblent aux îles désertes dans les livres pour enfants, sauf qu'elles sont plates plutôt que rondes.

 

 

Sur cet archipel, on peut faire exactement cinq choses : se baigner, bronzer, plonger avec un masque, manger des fruits de mer, aller voir les Indiens Kuna. On peut y ajouter un sixième divertissement, si cher à Suzanne : la navigation à la voile.

 

 

Malheureusement, on ne peut pas facilement virer de bord et faire d'autres manœuvres, car l'archipel est assez traitre : hormis les îles il y a beaucoup de haut-fonds. La plongée sous-marine est interdite pour préserver le territoire des Kuna.

 

Piedro a 62 ans ; je lui en aurais donné 47 (c'est vrai, je ne suis pas très fort pour deviner les âges). Simonetta est probablement pas mal plus jeune, mais Suzanne m'a dit de ne pas lui poser la question. À un moment j'ai siffloté une chanson italienne que Simonetta a reconnu, et on a découvert qu'ils avaient une collection de chansons populaires italiennes (dont 3 interprétations différentes de O sole mio) et d'airs d'opéras. Nous les avons écoutés avec plaisir. Piedro est un vieux communiste italien : en URSS on ne vivait pas si mal, le monde paye les guerres des États-Unis. Nous avons longuement discuté de politique et c'était étonnamment bienveillant et convivial, étant donné que nous n'étions d'accord sur presque rien. (Hélas, quand il a émis des doutes sur la réalité de l'avion qui s'est écrasé sur le Pentagone le 11 septembre, j'ai malgré tout dit que c'était n'importe quoi.) Simonetta a une énergie extraordinaire. Elle grimpe sur le bateau avec une étonnante agilité (elle m'aurait facilement battu au concours de traversée longitudinale du bateau) et passe des heures à nous préparer des plats les uns plus exquis que les autres. (J'ai dû l'avertir d'éviter la sauce tomate ; j'espère que je n'ai pas perdu toute son estime.)

 

 

Elle refuse systématiquement toute aide, en quatre jours c'est à peine si nous avons réussi à ranger quelques verres. Dès le premier matin elle nous amène voir une famille Kuna.

 

 

Cette famille est venue vivre quelques jours sur une des îles pour s'occuper des palmiers. Normalement ils cueillent aussi les noix de coco, mais cette fois le chef du village a décidé de ne pas y toucher pour le moment. Ils ont fabriqué une petite cabane en feuilles de palmier. La femme fait à manger sur le feu. Deux hommes vont pêcher. Deux garçons s'amusent dans l'eau. Un des garçons nous montre des acrobaties pour qu'on le prenne en photo : il montre sur une souche, se met à 4 pattes et fait une  espèce de salto.

 

 

Après il grimpe sur un palmier, comme un petit singe. Je décide de faire pareil : j'y arrive, mais c'est assez difficile.

 

 

Le garçon se met alors debout sur la tête. Je fais la même chose et nous faisons un concours qui tiendra plus longtemps.

 

 

Globalement, les garçons me battent à plate couture : ils arrivent, par exemple, à faire un pont, puis à se mettre debout sur les mains à partir de cette position. Il y a seulement un truc que je sais faire et qu'ils n'arrivent pas à répéter : sauter par-dessus son propre pied en le tenant dans la main. Le jeune homme d'une vingtaine d'année qui nous regarde avec amusement finit par se prendre au jeu et exécute sans aucune difficulté un salto arrière dans l'eau. Je ne peux hélas pas le suivre. Sur ce petit film vous pouvez entendre des ricanements de Suzanne, indignes d'une épouse aimante.

 

 

Tout ceci se passe presque sans un seul mot, car nous moyens de communications sont toujours aussi limités, mais avec beaucoup de rire : c'est extrémement joyeux. Nous partons avec des cris « ¡hasta mañana! » (à demain). J'ai encore maintenant très honte de n'avoir pas tenu cette promesse. Si vous croisez cette famille, dites-leur que nous sommes désolés de n'être pas revenus.

 

Les récifs coralliens sont réellement d'une beauté inouïe. Il suffit de renter dans l'eau jusqu'aux genoux, de mettre le masque et de plonger. On se retrouve dans un univers différent. D'en haut on voit quelques algues, un ou deux cailloux et trois ou quatre petits poissons qui vous tournent autour. Sous l'eau on découvre qu'on est au milieu d'un banc de sardines : des milliers de petits poissons qui font une espèce de danse synchronisée. Les cailloux font partie d'un immense paysage de coraux de toutes les formes qui abritent des anémones, des étoiles de mer, des poissons de toutes les couleurs (bleus et jaunes, striés, noirs, rouges) des vers, des trucs qui ressemblent à des petits sapins et qui, si on les touche, se recroquevillent en un instant dans un tout petit coquillage, des pattes de pélicans qu'on peut observer à un mètre de distance (les pélicans n'ont presque aucune peur des humains qui nagent). Malheureusement, de tout cela on ne sait presque rien nommer. Comme nous n'avons pas acheté un appareil photo qui aille sous l'eau, de toute cette liste vous ne pourrez voir qu'une grosse étoile de mer que nous avons sortie de l'eau pour une séance de photos.

 

 

Pour se sentir bien avec un tube, il faut inspirer lentement, expirer vite et rester relaxé. Au fur et à mesure que les jours passent, nous arrivons à rester dans l'eau de plus en plus longtemps sans ressortir pour respirer.

 

Le lendemain matin je m'entraîne au salto arrière, puis nous allons de nouveau plonger, pendant que Piedro va pêcher avec un fusil sous-marin. (Ce fusil transperce le poisson avec une fourche, attachée au fusil lui-même avec un long fil.) Au retour, il allume le moteur du bateau et nous allons vers une autre partie de l'archipel. Le temps de comprendre que nous partions assez loin et ne pourrions pas revenir voir la famille Kuna, il était déjà trop tard. J'ai redemandé le lendemain si on ne pouvait pas repasser les voir, mais cela demandait plusieurs heures de navigation et bousculait les autres projets. Simonetta m'a assuré qu'ils ne nous attendaient pas ; malheureusement, elle avait peut-être bien raison.

 

Et nous avons encore nagé, encore plongé et encore bronzé.

 

 

Au bout de deux jours ce mode de vie commence à provoquer en moi un sentiment de culpabilité. Je me suis alors mis à préparer mon cours d'analyse complexe. Nous avons aussi brûlé les ordures sur une des îles, ce qui permet également de se sentir utile. Ces ordures sont surtout constituées de bouteilles en plastique, de vieilles chaussures et de morceaux de polystyrène. Ils sont très nombreux. Apparemment, les gens les jettent dans les rivières qui se jettent dans la mer Caraïbe qui les rejette sur les îles. En naviguant, on peut en voir assez souvent qui flottent en pleine mer. Mais nous avons aussi vu des vrais dauphins, qui bondissaient hors de l'eau, exactement comme ils sont sensés faire. Les dauphins sont assez difficiles à prendre en photo, mais j'ai malgré tout réussi à le faire :

 

 

La veille de notre départ, nous sommes allés visiter un village Kuna.

 

 

Bien que les maisons ressemblent aux maisons Embera, le village m'a fait une impression beaucoup moins favorable. C'est une différence assez subtile, mais très nette : un peu comme entre un campement de quatre tentes dans la forêt et un campement de quinze tentes sur le canal St-Martin. Les indiens Kuna manquent de place : chacun de leurs villages est disposé sur une petite île qu'il occupe entièrement, maison contre maison, hormis quelques ruelles et passages. Ils ont presque tous des téléphones portables et quelques-uns ont une chaine hi-fi. Lorsque quelqu'un écoute de la musique (ce qui risque de durer de l'aube au couché du soleil), tous ses voisins en profitent. Pour se faire à manger ils font un feu à l'intérieur de leur cabane. Ça fait l'impression d'un petit bidonville de luxe.

 

Les hommes vivent de la pêche et des noix de coco. C'est eux qui ont planté les cocotiers sur les îles de l'archipel et qui s'en occupent. Avant ces îles étaient couverts de mangrove. Dix noix de coco épluchées valent 1 dollar. Un poisson quelques dollars, une langouste plus de dix dollars. Il est interdit de pêcher les langoustes quand ils sont jeunes et les crabes pendant la période de reproduction. Mais les Indiens ne respectent rien. Nous avons vu Simonetta faire un discours enflammé sur la conservation de la faune sauvage à un Indien qui essayait de lui vendre un bébé langouste ; ça n'a pas produit un effet fulgurant : il faut bien qu'il gagne sa vie, de toute façon les langoustes ne vont pas disparaître comme ça, mais si vous ne voulez pas le prendre c'est sans rancune.

 

Les femmes restent surtout à la maison et souvent ne comprennent pas l'espagnol, ce qui est quand même très fort. Mais leur rôle social est de plus en plus important. Premièrement, c'est les femmes qui héritent le lopin de terre et la maison. Après un mariage, l'homme vient vivre chez son épouse. Deuxièmement, les femmes fabriquent des espèces de broderies qui s'appellent des molas. C'est un art qui est apparu après la conversion des Kuna au christianisme : les femmes ont découvert qu'il était honteux de rester torse nu et ont dû remplacer les peintures sur la peau par des broderies. Les molas coutent de plus en plus cher, car c'est très authentique et fait main. Si bien qu'une femme aujourd'hui peut très bien gagner plus que son mari.

 

Lorsqu'il n'y a pas de filles dans la famille, les parents peuvent élever un garçon en homosexuel. Il reçoit un prénom féminin, hérite la maison et apprend à faire des molas. Ils sont très nombreux (en proportion) et parfaitement acceptés.

 

Nous arrivons au village. Une barque chargée de bananes est arrivée en même temps que nous, et les femmes du village viennent sur le quai pour acheter quelques bananes. Une autre barque arrive en tirant un énorme tronc d'arbre ; tous les hommes sur place aident à le hisser hors de l'eau. Les enfants en nous voyants crient "¡Hola! ¡Hola!" Nous devons leur répondre la même chose et ils sont ravis. Nous sommes accompagnés d'un jeune homme qui s'appelle Ina et de son petit cousin Felipe. Ina a appris un peu d'anglais à l'école. Il me demande comment je m'appelle et si j'ai une grande famille. Je réponds que ça dépend jusqu'où on va : j'ai des parents, une sœur, ma femme que voici, mais aussi des oncles, etc. Il n'est pas très satisfait et me repose la même question. Peut-être qu'il voulait savoir combien de personnes vivent avec moi sous le même toit. Ina m'embrasse et déclare que maintenant nous sommes des amis. Il me demande si je trouve que leur village est beau. Je l'assure qu'il est très beau. Il me dit que ça se voit à mon visage : je souris tout le temps. En effet, je m'applique à sourire à tous les enfants et tous les gens qui passent.

 

La nouvelle que nous voulons acheter des molas se propage comme un éclair. Maintenant devant chaque porte nous trouvons une femme qui étale devant nous ses molas. Il y en a beaucoup de très jolis et le choix n'est pas facile. Simonetta discute avec elles sans complexe : ça c'est très beau ! Des modernes comme ça - non. Suzanne choisit finalement quelques molas.

 

Piedro trouve que la communauté des Kunas est menacée, bien que nombreuse. Le contact avec la civilisation est assez fort. Il arrive qu'un Kuna décide de quitter sa communauté et vivre comme un Panaméen, mais ce n'est pas une chose facile à réaliser. Le plus souvent, à l'âge où on peut prendre une telle décision, la seule option c'est d'aller laver les voitures dans la ville de Panamá. Ce n'est pas forcément plus attrayant que de pêcher dans un archipel paradisiaque, et on ne gagne pas forcément plus d'argent, mais malgré tout on en voit. Les trafiquants de drogue venus de Colombie passent par San Blas. Lorsqu'ils sont pris en chasse par les gardes-frontière, ils jettent les paquets avec la drogue dans l'eau. Il y a des bruits qui courent comme quoi les Indiens, lorsqu'ils en trouvent, le revendent ; des gens ont entendu un hydravion amerrir et repartir dans la nuit. Je ne sais pas du tout si ces bruits sont justifiés, mais si c'est vrai c'est très facile à comprendre : avec un paquet de drogue ils peuvent gagner plus qu'en une vie de pêche. Parmi les Kuna, les informations sur le réchauffement climatique font leur chemin. Si le niveau d'eau monte d'un mètre, l'espace utilisable pour les palmiers sera fortement réduit. S'il monte de deux mètres, l'archipel va disparaître presque entièrement. Certains Kuna pensent que la communauté doit revenir vivre dans la jungle, comme leurs ancêtres. Mais selon d'autres bruits, les bruits sur le réchauffement climatique sont propagés par des employés de la Banque Mondiale qui voudrait construire une station balnéaire sur l'archipel...

 

Le lendemain matin nous allons à l'aéroport. La piste d'atterrissage a été construite par les Indiens : ils ont ramené des pierres de la rivière, acheté du ciment et tout le village a travaillé sur le projet. Avant l'arrivée de l'avion, plusieurs cayucos partent du village pour recueillir les taxes d'aéroport : 3 dollars par personne. Simonetta a appelé Air Panamá la veille : le vol est retardé de deux heures. L'avion arrive une demi-heure en retard par rapport au nouvel horaire ; il y a des gens inexpérimentés qui attendent sur le petit quai en béton depuis trois heures.

 

 

Au lieu d'aller directement à Panamá-City, nous survolons la côte pour prendre encore quelques personnes dans un autre aéroport du même style. (Le trajet des petits avions change selon la destination des passagers.) À notre escale on découvre qu'il y a six volontaires pour prendre l'avion, mais seulement deux places libres. Le pilote emprunte un téléphone portable à un type de San Blas Sailing qui est dans l'avion avec nous et entame les négociations. Il monte dans la cabine en chantonnant « Caramba, caramba, caramba... »  et vérifie l'état des lieux. Rien à faire : exactement six passagers pour exactement deux places libres. Le pilote reprend le portable. Je ne sais pas ce qu'il a négocié, mais en finale deux vainqueurs montent dans l'avion en évitant de nous regarder dans les yeux, tandis que quatre perdants restent en bas, l'air résigné.

 

À Panamá-City, nous emménageons dans une auberge de jeunesse Anita's Inn; le soir c'est l'enterrement de la vie de garçon et de jeune fille.

 

Le mariage

 

Pour l'enterrement de la vie de garçon, nous nous retrouvons devant une discothèque et allons dans un bar. À ma grande joie, tous les lieux fermés au Panamá sont non fumeurs. Les amis de Javier se présentent : ils parlent presque tous français, mais c'est un mélange de nationalités assez extraordinaire : un Suédois qui a passé plusieurs années au Panamá, un Panaméen qui vit en Belgique et travaille pour l'Union Européenne (c'est le témoin), un noir de la Réunion...

 

 

 

En fait ils sont presque tous soit des amis de Sandra soit des maris ou copains des amies de Sandra. Javier se plaint qu'il n'a fait que des amis pauvres qui n'ont pas pu venir au Panamá. Personnellement, je trouve qu'il est normal de dépendre de sa femme pour la vie sociale. Après une ou deux heures très agréables passés dans le bar, nous allons dans une boîte de nuit. Javier va en tester une, mais, apparemment, « l'ambiance n'est pas top ». Nous allons dans une autre. Je pense que l'idée des boîtes de nuit est venue de Guantanamo où, paraît-il, on soumettait les détenus à une nuit de musique très puissante avant de les interroger. J'arrive à tenir environ 10 minutes avant de me réfugier dans les toilettes.

 

 

Derrière deux portes fermées, on entend juste de la musique bien forte. Je me repose quelques minutes, puis retourne voir les autres. À minuit l'interdiction de fumer est officiellement levée : deux employés de la boîte sortent au milieu de la salle et allument les cigarettes. À ce signal, tous les fumeurs font la même chose, et progressivement la puanteur commence à envahir la salle. Je me suis posé le défi de tenir jusqu'à une heure du matin. Je me suis enfui à 1h03 et j'en suis très fier.

 

Suzanne est rentrée vers le matin. Les filles sont allées dans une autre boîte de nuit, où la musique était « trop forte et pas assez musicale », mais après ils ont rejoint les garçons dans la boîte, où j’avais été, où la musique était « bien » et ils se sont bien amusés.

 

8 février. Suzanne et moi allons dans la vieille vieille ville. La ville de Panamá a été saccagée par des pirates en 1671 et détruite par un incendie en même temps. Les historiens se posent toujours la question si c'est les pirates ou les habitants eux-mêmes qui ont allumé l'incendie. En tout cas, des temps pré-incendie il reste des jolies ruines de maisons en pierre bien alignées. Et un musée.

 

 

Nous mangeons dans un restaurant au-dessus du marché des poissons : celui où nous avons admiré les pélicans le premier jour.

 

 

Après l'incendie, la ville a été entièrement rebâtie à un autre endroit. C'est la nouvelle vieille ville, celle où nous nous sommes promenés le premier jour et où nous revenons maintenant pour une visite guidée avec Javier. - Voici notre ministère de la culture, explique Javier. - En ce moment il est en travaux pour pouvoir accueillir le tournage du prochain James Bond. Et là, au fond de l'église, c'est l'Altar de Oro, (l'Autel en Or) qui date d'avant le grand incendie. Les fondateurs de l'église l'ont peint en noir pour le sauver des pirates. En fait, nous avons déjà lu la plupart des choses dans le guide le premier jour, mais ça rentre beaucoup mieux du deuxième coup, surtout quand on vient de voir les vestiges de la vieille vieille ville. Javier nous amène chez un excellent glacier. Honnêtement, je l'ai trouvé meilleur que Bertillon, mais je sais que mes papilles gustatives manquent de finesse. [N.B. Si vous ne voulez pas que votre photo soit affichée ici, écrivez-moi un mail. If you do not wish to see a picture of you here, please write me an e-mail.]

 

 

Le soir nous allons manger avec des français venus au mariage et, au retour, faisons de valeureux efforts pour trouver un taxi qui accepte le prix officiel.

 

Toute conversation avec les amis de Sandra et Javier fraichement arrivés finit par se tourner vers le problème des taxis. C'est plus ou moins le seul moyen de transport en ville : il y a aussi des bus, mais même Javier dit qu'il est impossible de savoir où ils vont. En fait, la destination est affichée sur le front du bus, tandis qu'un gars à droite du conducteur sort la tête dehors et hurle les points clés du trajet. Les taxis sont très nombreux et ont des tarifs officiels : la ville est divisée en zones, et en fonction de ces zones le prix va de 1 à 2 dollars. Le lecteur ne sera pas surpris d'apprendre que les conducteurs trouvent cela un peu maigre. Un Panaméen qui monte dans un taxi n'a pas besoin de demander le prix. À l'arrivée il sort du portefeuille ses 1$50 et dit « merci, au revoir ». Un touriste, lui, demande « combien je vous dois ? » Le chauffeur fait alors un calcul mental rapide (qui tient surtout compte du standing de l'hôtel qu'il voit devant lui) et répond « sept dollars soixante quinze ». Ou bien « onze dollars ». Après s'être fait avoir une ou deux fois, le touriste commence à développer des stratagèmes pour se rapprocher du prix officiel. Ceux qui ont du culot essayent de faire comme les Panaméens : donner 1 dollar à la fin sans rien demander, ou alors 1$50 si le trajet est long. Moi, en partisan convaincu de l'économie de marché, j'essaye de négocier le prix au début et de convaincre Suzanne que, dans ces conditions, on ne peut pas accuser le conducteur de tricherie quel que soit le prix qu'il demande. Les Panaméens refusent presque toujours de payer plus que le prix officiel. Du coup, aux endroits touristiques, il leur arrive d'attendre plus d'une heure pour qu'un taxi accepte de les prendre. Le restaurant où nous nous trouvons fait partie de ces hauts lieux du tourisme. Quand nous proposons trois dollars, les conducteurs remontent la vitre et repartent sans répondre. Aussi bien dans les taxis que dans les bus, la musique préférée du conducteur, en général distincte de la mienne, est comprise dans le service.

 

9 février. C'est le jour du mariage ! Mais avant, nous allons nous promener au parc naturel qui se trouve dans la ville même. C'est une longue promenade très agréable. Nous essayons de mettre à profit les connaissances amassées pendant le trekking. Les feuilles fraiches arrachées et jetées par terre, cela veut dire - singes. Mais les singes sont vraisemblablement partis arracher les feuilles ailleurs. Les goutes d'eau amplifiés, cela signifie un cacique. Effectivement, à ma grande fierté, je parviens à le trouver avec les jumelles. J'essaie de tester si les termitières qu'on voit partout sur les arbres sont habitées en faisant des petits trous dedans. Dans la première je trouve des fourmis. Dans la deuxième, effectivement, des termites. Des colibris, un toucan, plein d'autres oiseaux tous concentrés au même endroit, des tortues...

 

 

Au retour : douche, chemise blanche, cravate, et nous allons au mariage ! Le mariage a été singulièrement sympathique.

 

 

C'est vrai que l'officier civil a eu le malheur de dire le mot « Dieu » pendant la cérémonie.

 

 

Mais, pour corriger le tire, le père de Sandra a prononcé "Kama Sutra" au moins cinq fois pendant son discours de père de mariée.

 

 

La mère de Javier, infatigable, a dansé toute la soirée jusqu'au départ du dernier groupe d'invités (dont nous).

 

 

Les mariés et les témoins ont apposé leurs indexes sur l'acte de mariage.

 

 

Quant aux autres invités, ils ont mangé et dansé. [N.B. Si vous ne voulez pas que votre photo soit affichée ici, écrivez-moi un mail. If you do not wish to see a picture of you here, please write me an e-mail.]

 

 

Même les fourmis s'amusent !

 

 

Et la morale de tout ça ?

 

 

Suzanne et moi avons eu l'idée d'organiser une demi-journée dans la canopée de la forêt tropicale, avec des plateformes et poulies en haut des arbres : une des aventures proposées par PeteAdventures. La veille, plusieurs personnes se sont montrées très intéressées, et il y en a plein d'autres au mariage qui devrait, en toute logique, être tentés. Après avoir appelé Pete on découvre que ce n'est pas donné : 80 à 90 dollars par personne. Je fais le tour des tables, mais les invités, bizarrement, n'ont pas la tête à ça et beaucoup ont déjà d'autres projets. Certains me demandent toutes sortes de précisions, alors nous empruntons à la mère de Sandra son téléphone portable pour appeler Pete. Les personnes intéressées disent que finalement bof. Nous rappelons Pete pour dire que finalement nous ne sommes que 3, puis que nous ne sommes plus que deux. Sur ma grande feuille de papier on voit la magnifique liste de participants que j'ai commencé à préparer : Suzanne, Dimitri. Pete nous demande d'appeler sa femme qui est le chief manager de l'agence, et elle nous dit qu'il ne peuvent pas faire ça pour le lendemain si c'est juste pour deux personnes. Nous laissons tomber. Cette tentative d'organisation m'a rappelé les bons vieux temps où je faisais des TDs en DEUG : beaucoup d'efforts, très peu d'enthousiasme et un résultat identiquement nul.

 

10 février. Il nous reste deux jours et demi pour deux derniers objectifs : voir le Canal et se baigner dans l'océan Pacifique. En désespoir de cause j'aurais été prêt à me baigner dans la ville même, mais ça ne donne vraiment pas envie : l'eau est noire et grasse. Nous allons à Punta Culebra, une pointe située sur un ensemble de trois petites îles reliés à la côte par une route. Sur cette pointe il y a un petit parc, un petit musée de la faune marine et une petite plage (mais il faut dire que l'eau n'est pas spécialement alléchante non plus). Nous allons d'abord dans le parc et le musée et sommes étonnés d'y découvrir une très grande biodiversité. Il y a des iguanes verts et un iguane noir, plein de colibris, une maman paresseux qui dort avec son bébé paresseux (vraiment, les paresseux sont beaucoup plus photogéniques que les colibris !).

 

 

 

 

Dans les aquariums, des coraux, des étoiles de mer et des anémones que nous avons vu à San Blas, et beaucoup d'autres, que nous n'avons pas vus. Il y a un aquarium spécial dont on peut toucher les habitants.

 

 

Un concombre de mer (un truc mou, allongé, vert en haut et rouge en bas) s'avère être doté d'une grande intelligence : quand on le met côté rouge vers le haut il se plie en deux et se retourne dans le bon sens.

 

 

Au moment où nous nous apprêtons de partir, une famille de promeneurs nous appelle : vite, vite, venez voir ! Et nous voyons un paresseux qui a décidé de traverser le sentier. Il a l'air d'une vieille personne : très lent, concentré sur ses mouvements, insensible à ce qui se passe autour de lui. Son corps n'est pas fait pour marcher. Dès qu'il trouve une branche de l'autre côté du sentier, il se met la tête en bas et poursuit sa route en s'accrochant à ce qu'il peut.

 

 

Je ne me suis toujours pas baigné dans le Pacifique, mais là nous devons aller chez Sandra. Nous tombons (pas du premier coup, évidemment) sur un conducteur de taxi qui accepte sans discuter notre prix et qui, chose encore plus rare, conduit calmement et prudemment. Il nous raconte qu'il est un colonel à la retraite et qu'il était le conducteur personnel du général Torrijos. Le général Torrijos est le président panaméen d'il y a 30 ans qui a redressé l'économie du pays en usant de méthodes assez autoritaires et qui a conclu l'accord avec les États-Unis pour que le Canal passe sous souveraineté panaméenne d'abord, puis sous sa gestion complète 20 ans plus tard. Je ne sais pas s'il n'avait que des bons conducteurs, car il est mort dans un accident d'hélicoptère, mais celui-là nous a beaucoup plu. Il nous a proposé de l'appeler pour nous amener à l'aéroport et nous a laissé son numéro de téléphone. Cette conversation a pris tout le trajet, car il devait répéter chaque phrase cinq ou six fois pour qu'on comprenne.

 

Chez Sandra il y a deux messieurs qui comprennent le russe.  L'un des deux est le père de Sandra, qui a passé quelques années de sa vie à Moscou. Il y a aussi une fille qui a adopté une tortue que son ami a ramenée d'un voyage en bateau. Il s'est avéré que la tortue n'était nullement adulte, mais une bébé tortue de Galápagos. Depuis elle ne cesse de grandir, lentement, mais sûrement.

 

11 février. Selon notre guide, les plus belles plages côté Pacifique se trouvent sur les îles. En ce qui concerne l'île la plus proche, il y a un bateau le matin pour y aller (pour aujourd'hui il est déjà trop tard) et un bateau l'après-midi pour revenir. Le guide nous avertit que le service est incertain. En principe, nous pouvons encore y aller demain, mais à la réflexion, nous trouvons plus sage de renoncer. Si c'est comme avec le petit avion au retour de San Blas, nous risquons de rater notre vol pour Moscou. À la place, après une recherche exhaustive dans le guide, nous choisissons une petite ville sur le bord de l'océan à 100 kilomètres de Panamá où on peut aller en bus et où il y a des plages.

 

Le sable noir est une invention diabolique. C'est très beau, une plage noire, mais lorsque j'enlève mes baskets pour courir joyeusement vers la mer, je me vois obligé de courir bien plus vite que prévu : c'est presque comme marcher sur des braises. Le soleil est à peu près au zénith. Nous trouvons  quelques décimètres carrés d'ombre près d'un rocher et en profitons pour nous changer. Ensuite un sprint jusqu'à l'eau et - plouf ! c'est bon, on peut rayer l'océan Pacifique.

 

12 février. Il ne reste plus que le Canal. À la périphérie de la ville, il y a un endroit prévu pour les touristes qui veulent admirer cette œuvre du génie humain : les écluses Miraflores.

 

 

Au-dessus des écluses, il y a une terrasse d'où on voit les vannes qui se remplissent ou se vident et les bateaux qui montent ou qui descendent en conséquence. Pour guider leur mouvement, les bateaux sont attachés devant et derrière à des petits trains qui circulent le long de l'écluse et s'appellent des « mules ».

 

 

Un haut-parleur donne des explications en espagnol et - fait unique ! - en anglais. Le remplissage d'une écluse dure quelques minutes. Il parait que c'est très rapide pour une écluse de cette taille, mais à l'œil nu on voit à peine le mouvement. J'ai finalement eu l'idée de poser l'appareil sur le bord de la terrasse et de prendre une photo toutes les 30 secondes. Vous pouvez admirer le résultat ici :

 

 

Le grand bateau blanc à la fin est quasiment de la taille « Panamax » : le plus grand qui puisse passer par le Canal. Il peut accueillir 2500 passagers pour une croisière de luxe. Le droit de passage par le canal pour ce type de bateau est de 100 dollars par passager, ce qui fait un total de 250 000 dollars. En 1928 Richard Halliburton a traversé le Canal à la nage (en plusieurs jours). Il s'est acquitté d'un droit de passage de 36 cents (correspondant à son tonnage), ce qui représente le plus petit droit de passage jamais payé. Si un jour vous allez visiter le Canal du Panamá vous allez apprendre cette information par cœur.

 

Les recettes du Canal représentent 10% du PNB du pays (à peu près autant que le pétrole en Russie). Ainsi l'économie du Panamá se porte à merveille, guidée par quelques principes fondamentaux:

 

 

Nous allons aussi dans le musée des écluses, où l'on peut voir un film sur le Canal, des instruments et des machines qui ont servi à sa construction, ainsi les voies maritimes qui le traversent.

 

 

Panamá - Madrid. En montant dans l'avion nous découvrons qu'on nous a donné des places aux deux bouts opposés de l'avion. Nous demandons aux hôtesses si elles peuvent nous trouver deux places à côté, mais les gens qui sont à côté de nous sont tous avec quelqu'un. L'avion est plein à craquer : je n'ai trouvé que deux places libres. Je me mets dans le couloir à côté de Suzanne au grand énervement des hôtesses, mais finalement une jeune fille assise à côté de l'une des deux places libres accepte de changer de place avec nous. Nous lui avons acheté une boîte de chocolat duty free pour la remercier.

 

13 février. À Madrid nous avons 9 heures d'intervalle entre les vols. Nous décidons, sur le conseil de mes parents, d'aller au musée du Prado, où il y a une exposition de Velasquez et une autre du Greco. Je préfère le Greco.

 

Madrid - Moscou. La nuit est courte. Pour agrémenter notre atterrissage, Iberia nous torture pour la dixième et la dernière fois avec toujours la même musique qui joue en boucle. Il est 6 heures 40 du matin.

 

До свидания, читатель! Ямщик, погоняй! Москва! Москва!